lundi 7 mai 2012

A M. François Hollande, président de la République

"Faire en sorte que l'intérêt particulier soit contraint de céder à l'intérêt général ; que les grandes ressources de la richesse commune soient exploitées et dirigées à l'avantage de tous ; que les coalitions d'intérêts soient abolies, une fois pour toutes.


Gouverner à coup d'initiatives, de risques, d'inconvénients."

Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, 1940-1946.

mardi 17 avril 2012

Service public


« Si nous en sommes là… si la politique, c’est toujours la revendication et jamais la responsabilité, sommes-nous encore républicains ? "
Alain FINKIELKRAUT

France-Inter radio de « service public » ? On voudrait pouvoir en rire, pour ne pas avoir à en pleurer !
Pleurer sur cette démocratie en trompe-l’œil !

Dans son émission matinale, cette radio recevait aujourd’hui le président de la République sortant, candidat à sa propre succession. Après les commentaires, rituellement à charge, des éditorialistes et les questions orientées de l’insolente préposée aux cinq minutes d’ « entretien », c’est au tour des auditeurs (le public ?) de s’exprimer. Le hasard, on s’en doute, fait que les questions posées par les trois auditeurs retenus sont en réalité des réquisitoires et ne font que relayer l’évident parti pris des journalistes à l’encontre du président sortant.
Il est bien connu que la rédaction, dans un souci d’objectivité, ne filtre jamais les appels. Elle donne donc la parole à un individu qui s’empresse de sommer le président de la République de « dégager », reprenant à dessein le terme qu’utilisait la foule tunisienne à l’endroit du tyran Ben Ali durant la révolution de jasmin. Voici donc Nicolas Sarkozy ramené au rang d’usurpateur, si ce n’est de dictateur. N’avait-il donc jamais été l’élu de la Nation ?

On est amené à s’interroger sur l’idée que se fait cette radio de « service public » du « public » auquel elle s’adresse.
Quel service rend-elle, à qui et à quel public, cette radio qui n’est plus composée que de journalistes dont la partialité - quand ce n’est pas la mauvaise foi - éclate chaque jour de manière plus évidente ?

On peut certes n’être pas d’accord avec la politique qui fut conduite par Nicolas Sarkozy, la contester, la combattre même, comme il est légitime de pouvoir le faire en démocratie. On peut lui préférer celle que prône son adversaire socialiste, François Hollande. Mais est-ce honorer la démocratie que de substituer l’insulte à l’argumentation ? La haine à la critique raisonnée ? Une telle violence verbale grandit-elle ceux qui l’autorisent, voire l’encouragent ?

Jusqu’où la dérision - le dérisoire - qui est aujourd’hui le pain quotidien dont se repaissent nos médiocres médias conduiront-ils ? (1) De l’irrespect, de la vulgarité à la bassesse puis à la violence, dans quelle spirale descendante notre société serait-elle entraînée si rien ni personne ne venait plus s’y opposer et la dénoncer ? (2)

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(1) Voir l’entretien avec le philosophe François L’Yvonnet dans le supplément Télévisions du journal « Le Monde », numéro daté Dimanche 15-Lundi 16 avril 2012.
 (2) Voir Dominique REYNIE, Populismes : la pente fatale, Paris, Plon, 2011.

jeudi 12 avril 2012

La démocratie cathodique

On prête au général de Gaulle cette forte parole : « Les Français sont des veaux ! »

Entre chaînes publiques et chaînes privées, il semble que ce soit à qui se moquera le plus effrontément des Français.

Il revenait hier à France 2 d’organiser le premier grand bal des dupes. Pour ce « grand oral » que, sous prétexte d’équité (ah, la sacro-sainte et hypocrite «égalité des temps de parole» !), on nous bâcle in extremis, en lieu et place d’un véritable débat, une succession de cinq petits quizz présentés par un quarteron d'animateurs de télévision.

Il paraît que, pour toutes sortes d’évidentes raisons, ce qui fut possible à l'occasion des « primaires » socialistes : l’organisation d’un débat (il est vrai qu’au lieu de dix les candidats à l’investiture socialiste ne furent qu’une demi-douzaine !) était devenu strictement infaisable pour l’élection présidentielle !
Et de prétexter ici les contraintes de la télévision, le confort d’écoute des téléspectateurs (le risque de "cacophonie" était trop grand, nous assure-t-on), là la mauvaise volonté de tel candidat refusant d’affronter in presentia des adversaires sans doute jugés négligeables…

Le bon peuple devra donc patienter jusqu’à l’entre-deux tours pour que les deux finalistes daignent se confronter. Encore ne lui est il promis qu’un seul et unique spectacle, l’un des « grands » candidats s’étant par avance courageusement récusé lorsqu’il fut question d’organiser un second face à face avant le verdict des urnes.

Ceci posé ou rappelé, qu’en fut-il de ce « reality show » que nous proposa France 2 hier soir ?

Passe encore pour les questions oiseuses ou (supposées) perfides des animateurs : ils sont, on le sait, aussi dépourvus d’imagination et soucieux de caresser l’audimat dans le sens du poil que désireux de ne pas déplaire.
On se cantonnera donc dans l’anecdotique. On se contentera de reprendre, courte séquence filmée à l’appui, les « petites phrases » qui ont fait le buzz au cours des jours précédents, quitte à sommer le candidat – histoire de paraître suffisamment « agressif au bon sens du terme » –  de les commenter.

Pour leur défense : quelle intelligence des enjeux de l’élection présidentielle et des perspectives d’avenir le citoyen peut-il bien retirer de ce quart d’heure de spectacle télévisé scrupuleusement chronométré ?
Se produira, au mieux, un réflexe de curiosité à l’endroit des candidats les moins connus ; au pire, une réaction de satiété, voire de rejet, à l’égard de ces « stars », professionnels de la politique, dont les gesticulations lui sont quotidiennement imposées à l’écran.

Mais peut-être – grâce rédemptrice du direct ! - quelqu'un l'adressera-t-il enfin, ce pied de nez à cette solennité institutionnalisée ?
Et il viendra, en effet, de l’ouvrier anarchiste, gouailleur, humble et spontané, qui, dans un grand éclat d’hilarité, tirera soudain le public de son mortel ennui.

Il est, cependant, une forme de manipulation plus sournoise qui ne devrait pas nous laisser sans réaction.

Derrière le respect de cette fallacieuse « égalité du temps de parole » - façade et alibi -, la réalisation tire à son gré les ficelles. Car elle connaît bien, elle, celles du métier : cadrages et mouvements de caméra, incrustation d’images propres à détourner l’attention du téléspectateur (au moment choisi) des propos d’un candidat qui n’a pas l’heur de plaire...
C’est ainsi qu’on nous propose soudain (quel intérêt ? se demande-t-on) d’assister à l’arrivée en coulisse d’un autre candidat – « spectacle » jugé sans doute plus intéressant que les réponses de celui ou celle que l’on est en train d’interroger.
Autre « astuce » à l’effet – subliminal - assuré : on réservera au seul « grand » candidat ce que j’appellerai le « cadrage présidentiel », ce gros plan « en majesté » que mérite son indéniable vocation à gouverner ! Les sondages ne l’ont-ils pas déjà adoubé avant même que le peuple ne se soit prononcé ?

Au fait, devinez qui présentera les soirées électorales de BFM TV !

Ainsi va notre démocratie cathodique…


mardi 10 avril 2012

Démocratie

Pour qui roulent "Le Monde", France Inter et France Télévisions ? Ecoutez la différence...

Sondages à répétition, jeu des "petites phrases", propos tronqués, hors de contexte, réactions à géométrie variable en fonction de l'auteur des déclarations, commentaires orientés, etc.

La démocratie captive, confisquée, devenue purement formelle.
Et lorsque le peuple s'exprime, à l'occasion d'un référendum, par exemple, dans un sens qui ne convient pas aux "élites" politico-médiatiques - comme ce fut le cas à propos de la "constitution" européenne -, tout est fait pour contourner sa volonté.

En ira-t-il de même, une fois de plus, lors de la toute prochaine élection présidentielle ?   Caveant consules !

dimanche 8 avril 2012

Résistance


"A Sciences po, qui taille au moule nos futurs ministres et vient de renoncer à l'épreuve de culture générale, l'histoire de France débute en 1945."
Régis DEBRAY

Oubli volontaire, inculture ? Nos dirigeants semblent ignorer qu’ils sont les jouets de vastes mouvements historiques semblables à ces masses tectoniques qui emportent les continents dont la maîtrise leur échappe.
La leçon de Marx ne leur sert de rien et leur pusillanimité leur interdit de prétendre à la stature du héros nietzschéen, façonneur de l’Histoire,  qu’incarnèrent, pour le meilleur ou pour le pire, des personnages comme Alexandre, Napoléon, Staline, Churchill ou de Gaulle…
L’Europe ! L’Europe ! Leurs sauts de cabris leur est un alibi pour tenter de masquer une impuissance qui ne trompe personne.
L’éveil des nouveaux colosses que sont la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Indonésie, avec leurs populations innombrables et leurs immenses ressources sonne la fin de l’implacable domination qu’exerça l’Occident sur le reste du monde.
C’est aujourd’hui un lieu commun dont on tarde à appréhender les conséquences. Querelles de boutiquiers, atermoiements et manque de vision sont le lot habituel des rencontres de nos chefs d’Etats. Théâtre d’ombres.

Il serait temps de s’aviser que c’est seulement en puisant dans les forces vives de la nation que le redressement deviendra possible. C’est ce qu’ont bien compris les Allemands qui savent ne rien concéder lorsque leurs intérêts sont en jeu.
En dépit de leurs vertueuses protestations d’européisme, ils ont su reconquérir – pacifiquement : le legs de l’Histoire oblige – par leurs talents conjugués, leur sens de l’effort, leur tradition du travail de qualité et, par dessus tout, grâce à la cohésion d’un peuple réuni, la position dominante à laquelle ils n’avaient cessé d’aspirer.

Notre pays, dans le même temps, s’affaiblissait en d’incessantes querelles sur l’immigration, sur l’école, sur la durée du travail, sur l’évolution des salaires, sur la place des religions, sur l’Otan, le nucléaire, le rôle des syndicats, etc. La liste est interminable des sujets de division qui dilapident l’énergie des Français.

Il peut sembler paradoxal que ce soit François Bayrou, l’héritier de la démocratie chrétienne de Georges Bidault et de Jean Lecanuet, qui nous rappelle à l’exigence gaullienne de la lucidité et du courage !
Nicolas Dupont-Aignan et lui -  d’autres voix s’étant tues ou ayant été contraintes au silence - sont les seuls à prôner aujourd’hui le rassemblement nécessaire pour que prévale enfin, à nouveau, l’intérêt national sur les divisions idéologiques et les préférences partisanes.

Quiconque a vécu, comme c’est le cas des hommes et des femmes de ma génération, les années d’errements et d’impuissance de la quatrième République, les déchirements provoqués par les inutiles guerres d’Indochine et d’Algérie, leur coût exorbitant en vies humaines et en ressources matérielles, ne peut s’empêcher d’éprouver un terrible sentiment d’accablement.

Oubliées les leçons de courage et de clairvoyance, de patriotisme que, par leurs exemples, nous ont léguées des hommes d’Etat comme Pierre Mendès-France et Charles de Gaulle.
Dilapidés les trésors de bravoure et d'abnégation dont firent preuve Leclerc, Koenig, de Lattre, Juin et tous les hommes qui, à l’extérieur, combattirent sous leurs ordres pour la libération de la patrie.
Négligé le sacrifice de Jean Moulin, d’Honoré d’ Estienne d’Orves, de  Pierre Brossolette et des résistants de tous bords qui, à l’intérieur, donnèrent leur vie pour que vive la France.
C’est en vain, semble-t-il, que s’élèvent encore les voix des quelques survivants de la lutte contre l’ « horreur humaine » pour réclamer un « engagement citoyen » seul capable de redonner vigueur et  continuité au pacte républicain issu de la Résistance et de son Conseil National, le CNR (1).

Sachons méditer les leçons qu’ils nous rappellent et répondre à leur exhortation :

« Un état d’esprit mais aussi une formidable capacité d’initiative (2) nourrie par l’enracinement dans des maquis au cœur de la société, amplifiée grâce aux réseaux qu’ils ont tissés et consolidés par l’union qu’ils ont bâtie avec opiniâtreté. C’est bien cela dont il s’agissait hier et dont il s’agit plus que jamais aujourd’hui. De femmes et d’hommes partageant un état d’esprit, mettant en commun leurs forces créatrices (3) et qui, au nom d’une certaine idée de la fraternité, proposent une remise en mouvement de la société en dessinant l’espoir d’un possible et solide vivre-ensemble. 
… Retrouvons cet état d’esprit en puisant dans nos indignations et nos attentes impatientes, mais aussi dans les capacités d’initiative, les forces créatrices (4), les pratiques nouvelles qui, bien que peu connues et reconnues, existent au cœur de la société. »

Quel gaulliste ne se retrouverait pas dans cet appel au renouveau ?

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(1) Claude Alphandéry, Raymond Aubrac, Michel Dinet, Stéphane Hessel, La République doit résister in « Le Monde » daté du Dimanche 1er- Lundi 2 avril 2012.
(2)  (3) et (4) C’est moi qui souligne.

lundi 12 mars 2012

Les médias

Peu soucieux d’objectivité, indifférents à la déontologie, un certain nombre de médias français se sont mués de moyens d’information en instruments de propagande en faveur du candidat socialiste.
Une étrange connivence associe maintenant dans le même effort de persuasion sournoise (the hidden persuaders !) ce qui fut durant longtemps un journal de référence connu pour son impartialité à ce qui devrait rester l’audiovisuel public, au service de la collectivité, dans le respect de toutes les opinions.
Un pilonnage quotidien a pris pour cible, depuis des semaines, le chef de l’Etat. Tous les maux dont souffre le pays lui seraient imputables. On incrimine, on brocarde, on déforme sans vergogne (1). De cinq années de gouvernement traversées par une crise économique exceptionnelle on ne retient que deux ou trois épisodes maladroits que l’on monte en épingle. La démonstration serait ainsi faite que le président de la République est l’ami des riches, leur défenseur, soumis à leurs intérêts. Toutefois, on serait bien en peine d’avancer le moindre début de preuve d’un quelconque enrichissement personnel. 
Il y a seulement quelques mois, l’on ne s’offusquait guère du train de vie dont jouissait le candidat putatif du parti socialiste aux élections présidentielles. O tempora, o mores : deux poids, deux mesures !

Excipant d’une insoupçonnable mission culturelle, les journaux télévisés des 19 et 20 heures sont devenus, en réalité, des plateformes publicitaires pour vedettes et producteurs du showbiz : pas un soir où l’on ne fasse la promotion du dernier film à paraître sur les écrans.
La pratique du « saucissonnage » n’a jamais été aussi systématique, noyant l’information importante dans un flot de nouvelles anecdotiques et de faits-divers.

Le journaliste – on devrait le plus souvent dire l’animateur ! – se fait juge péremptoire de ce que devrait être la vie démocratique. On n’hésite plus à déclarer inutile la candidature du représentant d’un « petit » parti, sous prétexte que les sondages ne lui accordent qu’un faible pourcentage d’intentions de vote. Car les sondages désormais font loi.  Quotidiennement distillés, habilement exploités, ils tiennent lieu d’arguments, de preuves et dispensent d’analyser.

Naguère, le directeur du « Monde », à la veille d’une élection capitale, mettait un point d’honneur à justifier l’engagement de son journal en faveur d’un candidat ou de telle réponse à donner à un référendum. Hubert Beuve-Méry – Sirius, en l’occurrence – avait le mérite de prendre ouvertement parti et d’afficher les préférences de sa rédaction en prenant soin d’asseoir son argumentation sur une défense exigeante de l’intérêt national.  Sa hauteur de vue et le respect du lecteur dont, à juste titre, il se prévalait lui conservaient, que l’on partageât ou non son opinion, estime et considération.

Certains éditorialistes de la presse écrite, de la radio ou de la télévision semblent bien loin, aujourd’hui, de nourrir les mêmes scrupules ni d’afficher le même respect des lecteurs et des auditeurs. C’est le règne du «parisianisme », comme si la France entière devait se soumettre à l’opinion, jugée par définition éclairée, du petit cercle de « bobos » qui constitue l’univers politico-médiatique de notre pays.

Où est la légitimité de ce petit monde dans lequel Madame Untel, journaliste, en couple avec Monsieur Untel, politicien, détiennent ensemble les leviers du pouvoir et de ce qui devrait être un contre-pouvoir ?

Doit-on le rappeler ? L’impartialité que l’on est en droit d’exiger d’un organe de presse dont la vocation est d’informer n’est en rien comparable à ce que l’on attend d’un journal d’opinion.
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(1) On relaie avec une sorte de jubilation les rumeurs, insinuations voire calomnies les plus folles, comme lorsque l'on fait courir le bruit selon lequel le colonel Gadhafi aurait financé la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 !

mardi 17 janvier 2012

De l'éducation

Education et instruction

Si réforme de l’éducation il doit y avoir (parlons-en une fois encore puisque le sujet est à nouveau d’actualité !), elle devrait commencer, me semble-t-il, par un retour aux fondamentaux qui furent, après Jules Ferry, ceux de l’instruction publique (je ne serai certes pas le premier ni le dernier à le clamer !).

Lire, écrire, compter : non seulement les fondamentaux ne sont plus enseignés comme il conviendrait - c’est-à-dire efficacement -, mais l’ambitieuse idée qui avait présidé au changement d’intitulé du ministère de l’Instruction Publique en ministère de l’Education Nationale semble aujourd’hui complètement oubliée. Qui se soucie encore d’éduquer les enfants à l’école quand tout ou presque paraît permis à la maison et hors de la classe ? Un article du journal Le Monde traitait récemment de la politesse, ou exactement de son cruel défaut dans la vie quotidienne de nos compatriotes…

Mais mon propos n’est pas d’y revenir. Comme beaucoup d’entre nous, j’ai parfois l’impression de me résigner à l’incivilité qui prévaut un peu partout, qu’elle soit le fait de jeunes gens ou de moins jeunes. Ce qui m’irrite par dessus tout, c’est de constater jour après jour l’indifférence et la désinvolture des Français à l’égard de leur langue maternelle.


La langue maternelle

Nous vivons une sorte de Munich linguistique (sur le mode lacanien, on dirait qu’il s’agit d’une « mue nique »… ta mère, évidemment !), une démission, un lâche abandon !
On pourrait s’indigner plus fort, se fâcher tout rouge, car nous supportons sans broncher un inqualifiable manquement au respect dû à notre langue, à cette langue que l’on dit maternelle. Il suffit de se rendre sur le site en ligne de n’importe quel journal ou magazine et de parcourir les réactions des lecteurs aux articles publiés pour se rendre compte de l’étendue de la catastrophe.

L’excuse avancée : l’écriture sur ordinateur, au fil de la pensée, serait seule responsable des  innombrables fautes d’orthographe et de syntaxe qui émaillent le moindre commentaire. Une telle allégation ne convainc pas davantage que l’alibi d’une simplification volontaire de la langue motivée par la nécessité de faire court lorsqu’on rédige un SMS.

La vérité est tout autre : c’est que bien peu de nos compatriotes se soucient encore d’écrire correctement, vu que nul ne s’offense plus des atteintes portées quotidiennement à notre langue.  Molière pouvait encore moquer les travers des précieuses et des Trissotins, il n’en trouverait guère aujourd’hui l’équivalent et devrait exercer sa verve sur de savants illettrés qui donnent leur avis sur tout...