"A Sciences po, qui taille au moule nos futurs ministres et vient de renoncer à l'épreuve de culture générale, l'histoire de France débute en 1945."
Régis DEBRAY
Oubli volontaire, inculture ? Nos dirigeants semblent
ignorer qu’ils sont les jouets de vastes mouvements historiques semblables à
ces masses tectoniques qui emportent les continents dont la maîtrise leur
échappe.
La leçon de Marx ne leur sert de rien et leur pusillanimité
leur interdit de prétendre à la stature du héros nietzschéen, façonneur de
l’Histoire, qu’incarnèrent, pour
le meilleur ou pour le pire, des personnages comme Alexandre, Napoléon,
Staline, Churchill ou de Gaulle…
L’Europe ! L’Europe ! Leurs sauts de cabris leur
est un alibi pour tenter de masquer une impuissance qui ne trompe personne.
L’éveil des nouveaux colosses que sont la Chine, l’Inde, le
Brésil, l’Indonésie, avec leurs populations innombrables et leurs immenses
ressources sonne la fin de l’implacable domination qu’exerça l’Occident sur le
reste du monde.
C’est aujourd’hui un lieu commun dont on tarde à appréhender
les conséquences. Querelles de boutiquiers, atermoiements et manque de vision
sont le lot habituel des rencontres de nos chefs d’Etats. Théâtre d’ombres.
Il serait temps de s’aviser que c’est seulement en puisant
dans les forces vives de la nation que le redressement deviendra possible.
C’est ce qu’ont bien compris les Allemands qui savent ne rien concéder lorsque leurs
intérêts sont en jeu.
En dépit de leurs vertueuses protestations d’européisme, ils
ont su reconquérir – pacifiquement : le legs de l’Histoire oblige – par
leurs talents conjugués, leur sens de l’effort, leur tradition du travail de
qualité et, par dessus tout, grâce à la cohésion d’un peuple réuni, la position
dominante à laquelle ils n’avaient cessé d’aspirer.
Notre pays, dans le même temps, s’affaiblissait en
d’incessantes querelles sur l’immigration, sur l’école, sur la durée du
travail, sur l’évolution des salaires, sur la place des religions, sur l’Otan,
le nucléaire, le rôle des syndicats, etc. La liste est interminable des sujets
de division qui dilapident l’énergie des Français.
Il peut sembler paradoxal que ce soit François
Bayrou, l’héritier de la démocratie chrétienne de Georges Bidault et de Jean Lecanuet, qui nous rappelle à l’exigence gaullienne de la lucidité et du
courage !
Nicolas Dupont-Aignan et lui - d’autres voix s’étant tues ou
ayant été contraintes au silence - sont les seuls à prôner aujourd’hui le rassemblement
nécessaire pour que prévale enfin, à nouveau, l’intérêt national sur les
divisions idéologiques et les préférences partisanes.
Quiconque a vécu, comme c’est le cas des hommes et des
femmes de ma génération, les années d’errements et d’impuissance de la
quatrième République, les déchirements provoqués par les inutiles guerres
d’Indochine et d’Algérie, leur coût exorbitant en vies humaines et en
ressources matérielles, ne peut s’empêcher d’éprouver un terrible sentiment
d’accablement.
Oubliées les leçons de courage et de clairvoyance, de
patriotisme que, par leurs exemples, nous ont léguées des hommes d’Etat comme
Pierre Mendès-France et Charles de Gaulle.
Dilapidés les trésors de bravoure et d'abnégation dont firent preuve
Leclerc, Koenig, de Lattre, Juin et tous les hommes qui, à l’extérieur,
combattirent sous leurs ordres pour la libération de la patrie.
Négligé le sacrifice de Jean Moulin, d’Honoré d’ Estienne
d’Orves, de Pierre Brossolette et
des résistants de tous bords qui, à l’intérieur, donnèrent leur vie pour que
vive la France.
C’est en vain, semble-t-il, que s’élèvent encore les voix
des quelques survivants de la lutte contre l’ « horreur
humaine » pour réclamer un « engagement citoyen » seul capable
de redonner vigueur et continuité
au pacte républicain issu de la Résistance et de son Conseil National, le CNR (1).
Sachons méditer les leçons qu’ils nous rappellent et
répondre à leur exhortation :
« Un état
d’esprit mais aussi une formidable
capacité d’initiative (2) nourrie par l’enracinement dans des maquis
au cœur de la société, amplifiée grâce aux réseaux qu’ils ont tissés et
consolidés par l’union qu’ils ont bâtie avec opiniâtreté. C’est bien cela dont
il s’agissait hier et dont il s’agit plus que jamais aujourd’hui. De femmes et
d’hommes partageant un état d’esprit, mettant
en commun leurs forces créatrices (3) et
qui, au nom d’une certaine idée de la fraternité, proposent une remise en
mouvement de la société en dessinant l’espoir d’un possible et solide
vivre-ensemble.
… Retrouvons cet état
d’esprit en puisant dans nos indignations et nos attentes impatientes, mais aussi dans les capacités d’initiative,
les forces créatrices (4), les pratiques nouvelles qui, bien que peu
connues et reconnues, existent au cœur de la société. »
Quel gaulliste ne se retrouverait pas dans cet appel au
renouveau ?
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(1) Claude Alphandéry, Raymond Aubrac, Michel
Dinet, Stéphane Hessel, La République
doit résister in « Le Monde » daté du Dimanche 1er- Lundi
2 avril 2012.
(2) (3) et (4) C’est moi qui souligne.